“Oui c’est ça, je vais me coucher. Bonne nuit.”
Les parents sont parfois trop crédules. Quoique je les soupçonne d’être un peu moins bêtes qu’ils en ont l’air et d’être parfaitement conscients de mes activités nocturnes. Les vieux m’épateront toujours.
Je m’éclipse de la salle commune où l’on a pris l’habitude de regarder la télé ensemble le soir.
Je rentre de ma chambre, plongée dans l’obscurité. Je n’allume pas les lumières et file de suite au niveau de la porte qui donne sur la terrasse : mon téléscope m’attend, et avec lui, toutes les merveilles du ciel.
Oui, mes nuits se résument à ça. Je suis de ces rares personnes pour lesquelles 5h de sommeil par nuit c’est déjà énorme. Donc j’ai appris à m’occuper depuis.
Mes parents se rejouissent de cette occupation, “ça l’fait”. Mais ils aiment un peu moins ma tenue vestimentaire : récupérer les chemises de mes frères ou de mon père au lieu de courir faire les soldes pour trouver une robe pour le bal de fin d’année, ma mère apprécie peu. Je n’ai pas de sein. Et aucune envie d’être féminine. Les cheveux mi-longs -j’entends, au dessus des épaules - et les vêtements larges, c’est tout aussi bien. Et puis, mes jambes sont trop frêles pour des talons. Enfin, aller expliquer ça à l’auteur de mes jours qui pleure de ne pas avoir une petite poupée à maquiller à son image. Non là, je suis méchante.
Mon portable vibre.
“J’ai vu Jupiter et toi ?”
Un grand sourire se dessine sur mes lèvres : lui aussi est encore debout.
“Je viens d’arriver… Je vais voir ça.”
Oui, mes nuits se passent souvent ainsi : moi, lui et le ciel.
- Alex

